Quand Bollywood doit présenter ses excuses
Bollywood censuré ? Victime d'un "politiquement correct" ou plutôt d'un "patriotiquement correct" ? En fin de semaine dernière, une scène étrange a eu lieu à Bombay, qui a glacé d'effroi les esprits les plus libres de la création contemporaine en Inde.
Elle s'est déroulée au domicile de Raj Thackeray, un agitateur populiste d'extrême droite, chef d'un parti régionaliste - le Maharashtra Navniman Sena (Armée de renaissance du Maharashtra) - qui prétend défendre les droits des habitants autochtones de l'Etat du Maharashtra, dont Bombay est la capitale.
Ce vendredi 2 octobre, M. Thackeray reçoit un producteur de films venu, penaud, s'excuser platement. Le "crime" de ce Karan Johar, figure de la nouvelle génération de Bollywood ? Avoir offensé la référence à "Mumbaï", le nom autochtone de la célèbre mégapole connue partout ailleurs sous le nom de Bombay.
Ce nouveau nom de baptême avait été arraché en 1995 par les régionalistes locaux au motif que Bombay sonnait trop colonial, de la même manière que Calcutta la bengalie était devenue Kolkata ou Madras la tamoule Chennai.
La grande imprudence de Karan Johar est d'avoir oublié l'hypersensibilité de cette affaire de nom, en tout cas aux oreilles de M. Thackeray et de ses troupes. Dans son dernier film, Wake up Sid, une gentille comédie urbaine qui sort ces jours-ci sur les écrans, les personnages font référence dans leurs dialogues - à douze reprises ! - à Bombay plutôt qu'à Mumbaï.
Ulcéré par l'outrage, M. Thackeray menace aussitôt de lancer ses fidèles à l'assaut des salles de cinéma. Les militants de l'Armée de renaissance du Mahrashtra sont familiers des méthodes musclées, en particulier contre les migrants d'Inde du Nord accusés de voler le travail des locaux.
Face au péril, Karan Johar, qui redoute la facture commerciale de l'agitation, opte illico pour la contrition. "Nous n'avions nullement l'intention de heurter les sentiments de quiconque", a-t-il déclaré à la sortie de sa visite chez Raj Thackeray. Et de préciser que l'erreur sera rectifiée en faisant figurer, en sous-titre, la mention "Mumbaï".
L'incident n'est pas inédit. Il y a exactement un an, Raj Thackeray avait forcé à la repentance une autre figure de Bollywood. La belle prise que fut alors l'acteur Amitabh Bachchan ! L'homme est une légende vivante du cinéma indien, une gloire nationale. Big B, comme on le surnomme, avait dû faire amende honorable pour la bravade de son épouse Jaya, comédienne elle aussi.
Sommée par Raj Thackeray de s'exprimer en marathi (la langue du Maharashtra) lors de ses apparitions publiques à Bombay, celle-ci avait snobé l'injonction en conversant en hindi, la langue nationale. Mal lui en prit. En représailles, les salles de cinéma où était projeté le dernier film de Big B furent vandalisées par les nervis de Raj Thackeray, contraignant le couple Bachchan à de piteuses excuses assorties de proclamations d'amour à la culture du Maharashtra.
La capacité d'intimidation de ce chauvinisme régional cadre met à mal le cliché d'un Bombay cosmopolite, créatif, étendard de l'Inde émergente. "La tragédie de Bollywood, s'affligeait récemment dans la presse le réalisateur Mahesh Bhatt, c'est que nous parlons beaucoup de liberté mais nous ne faisons rien quand elle est menacée".
Elle s'est déroulée au domicile de Raj Thackeray, un agitateur populiste d'extrême droite, chef d'un parti régionaliste - le Maharashtra Navniman Sena (Armée de renaissance du Maharashtra) - qui prétend défendre les droits des habitants autochtones de l'Etat du Maharashtra, dont Bombay est la capitale.
Ce vendredi 2 octobre, M. Thackeray reçoit un producteur de films venu, penaud, s'excuser platement. Le "crime" de ce Karan Johar, figure de la nouvelle génération de Bollywood ? Avoir offensé la référence à "Mumbaï", le nom autochtone de la célèbre mégapole connue partout ailleurs sous le nom de Bombay.
Ce nouveau nom de baptême avait été arraché en 1995 par les régionalistes locaux au motif que Bombay sonnait trop colonial, de la même manière que Calcutta la bengalie était devenue Kolkata ou Madras la tamoule Chennai.
La grande imprudence de Karan Johar est d'avoir oublié l'hypersensibilité de cette affaire de nom, en tout cas aux oreilles de M. Thackeray et de ses troupes. Dans son dernier film, Wake up Sid, une gentille comédie urbaine qui sort ces jours-ci sur les écrans, les personnages font référence dans leurs dialogues - à douze reprises ! - à Bombay plutôt qu'à Mumbaï.
Ulcéré par l'outrage, M. Thackeray menace aussitôt de lancer ses fidèles à l'assaut des salles de cinéma. Les militants de l'Armée de renaissance du Mahrashtra sont familiers des méthodes musclées, en particulier contre les migrants d'Inde du Nord accusés de voler le travail des locaux.
Face au péril, Karan Johar, qui redoute la facture commerciale de l'agitation, opte illico pour la contrition. "Nous n'avions nullement l'intention de heurter les sentiments de quiconque", a-t-il déclaré à la sortie de sa visite chez Raj Thackeray. Et de préciser que l'erreur sera rectifiée en faisant figurer, en sous-titre, la mention "Mumbaï".
L'incident n'est pas inédit. Il y a exactement un an, Raj Thackeray avait forcé à la repentance une autre figure de Bollywood. La belle prise que fut alors l'acteur Amitabh Bachchan ! L'homme est une légende vivante du cinéma indien, une gloire nationale. Big B, comme on le surnomme, avait dû faire amende honorable pour la bravade de son épouse Jaya, comédienne elle aussi.
Sommée par Raj Thackeray de s'exprimer en marathi (la langue du Maharashtra) lors de ses apparitions publiques à Bombay, celle-ci avait snobé l'injonction en conversant en hindi, la langue nationale. Mal lui en prit. En représailles, les salles de cinéma où était projeté le dernier film de Big B furent vandalisées par les nervis de Raj Thackeray, contraignant le couple Bachchan à de piteuses excuses assorties de proclamations d'amour à la culture du Maharashtra.
La capacité d'intimidation de ce chauvinisme régional cadre met à mal le cliché d'un Bombay cosmopolite, créatif, étendard de l'Inde émergente. "La tragédie de Bollywood, s'affligeait récemment dans la presse le réalisateur Mahesh Bhatt, c'est que nous parlons beaucoup de liberté mais nous ne faisons rien quand elle est menacée".
source ; Lemonde
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