NDM1, la bactérie de tous les dangers ?
Elle vient d’Inde. Son nom : la New Delhi métallo-bêta-lactamase (NDM-1). Elle résiste aux antibiotiques.
Faut-il craindre une prolifération de nouvelles bactéries venues notamment d'Inde, du Pakistan et du Bangladesh ? Ou plutôt convient-il de s'inquiéter de nouveaux mécanismes de résistances aux antibiotiques ? En tout cas, le Dr Laurent Poirel tient à alerter la population sur les risques potentiels.
Ce chercheur à l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), a vécu plus de dix ans à Troyes (il a passé son bac voilà vingt ans au lycée Chrestien-de-Troyes) avant de poursuivre des études en pharmacie et de réussir son doctorat. Il travaille depuis une dizaine d'années au sein de l'Unité 914 chargée de travailler sur les résistances émergentes aux antibiotiques. Il est à l'origine de l'identification de ce gène de résistance en France, au Kenya, en Australie et au Sultanat d'Oman.
Un cas en France
« Dès qu'une bactérie un peu bizarre apparaît, en France ou dans d'autres pays, on nous la fait parvenir et on la décortique pour voir s'il s'agit d'un élément connu ou non. Charge à nous de l'identifier, de voir si le phénomène peut prendre de l'ampleur ou non », confie Laurent Poirel.
Au mois de mai dernier, un biologiste d'un hôpital de province lui a envoyé une souche prélevée chez une patiente. Celle-ci vivait en Inde depuis plusieurs années et revenait en France pour se faire soigner. « En fait, il ne s'agit pas d'une bactérie, mais d'un mécanisme de résistance aux antibiotiques que
l'on retrouve dans plusieurs bactéries. Nous avons identifié le gène, et nous avons constaté qu'il était identique à celui relevé par une équipe britannique sur des patients revenant d'Inde ou du Pakistan ». Phénomène lié au manque d'hygiène dans ces pays, accentué aussi par la chaleur. Devait suivre un travail permettant de déceler une dissémination importante dans les hôpitaux en Inde, mais aussi en Angleterre où de nombreux Indiens viennent se faire soigner.
Si fièvre ou infection…
Plus d'une vingtaine de cas sont actuellement recensés en Europe, en Amérique ou en Australie. « Il s'agit d'une transmission inter-humaine ou par actes chirurgicaux, notamment pour ceux qui vont dans ces pays pour du tourisme médical ». D'où son conseil : éviter autant que possible de se faire hospitaliser dans ces pays, et ne pas y aller pour le tourisme médical, autrement dit des opérations moins coûteuses. « Si vous revenez d'un tel pays, et si vous souffrez de fièvre ou d'une infection urinaire, alors contactez immédiatement votre généraliste ».
En France, le risque serait qu'une personne atteinte soit hospitalisée sans qu'on le sache. Pourrait alors se développer des infections nosocomiales. Pour limiter ce risque, tous les patients faisant l'objet d'un transfert interhospitalier, de l'étranger vers la France, feront bientôt l'objet d'un test de dépistage rapide des bactéries ultrarésistantes de type NDM-1.
source ; lest-eclair.fr / agoravox.fr