L'HISTOIRE DES FILMS MUSICAUX !
Au sommet de sa popularité dans les années 1930, le film musical connaît un vrai retour sous les feux des projecteurs depuis dix ans. Qu’il soit américain, français, indien ou égyptien, il séduit les foules avec son charme indémodable. Coup de projecteur sur ces comédies qui ont depuis toujours le vent en poupe.
Pourquoi se contenter de raconter des histoires quand on peut en plus les faire vivre en chantant? C’est ce que se sont dit les dizaines de réalisateurs qui, depuis les débuts de l’histoire du cinéma, ont fait le pari du film musical. Et le pari est en général réussi. Extrêmement à la mode, il y a plus d’un demi siècle, les comédies chantées continuent aujourd’hui de faire vibrer les foules. Elles restent un genre indémodable au charme difficilement comparable.
Les films musicaux font leur apparition dès les premiers pas du cinéma. Il faut alors rivaliser d’imagination pour sonoriser des œuvres, pour l’instant, muettes. Et la chanson paraît un moyen tout trouvé pour donner de la voix aux interprètes. Les sonorisations se font d’abord de manière artisanale avec des artistes ou un phonographe cachés derrière l’écran de projection.
Mais très vite, la chanson s’impose comme le passage obligé de tout film qui se respecte. De nombreuses œuvres pourtant pas estampillées “comédies musicales” se retrouvent ainsi avec quelques chansons dans la trame du film. On découvre ainsi dans les années 30 que de grands acteurs ont aussi un sacré brin de voix, comme Jean Gabin dans Pépé le Moko, Maurice Chevalier dans La chanson de Paris ou Marlène Dietrich dans l’Ange bleu.
Mais très vite, les réalisateurs voient plus loin. La chanson devient un des éléments clés de leur film. Aux Etats-Unis, une partie de ces œuvres sont des adaptations cinématographiques de comédies musicales qui font le plein de spectateurs sur les planches de Broadway comme Showboat d’Harry Pollard ou The désert song de Roy Del Ruth. L’idée est de faire un peu rêver un peuple américain ébranlé par la crise. Très vite un duo de stars va émerger. Celui de Fred Astaire et Ginger Rogers. Neuf films sont réalisés avec eux par la RKO et tous cartonnent: Carioca, La joyeuse divorcée, Roberta, Le Danseur du dessus, En suivant la flotte, Sur les ailes de la danse, L'entreprenant Mr Petrov, Amanda et enfin, La Grande Farandole.
La MGM, de son côté, décroche à deux reprises la convoitée statuette dorée des oscars grâce à deux films musicaux: Broadway Melody et Great Ziegfeld. Elle produit en 1939 l’adaptation du Magicien d’Oz par Victor Fleming. Le film, un énorme succès, propulse la carrière de Judy Garland.
L’âge d’or du musical
Après la deuxième guerre mondiale, le style continue à avoir le vent en poupe. C’est l’âge d’or de la comédie musicale. Les grands noms américains du genre sont désormais Leslie Caron, Gene Kelly, Frank Sinatra ou encore Kathryn Grayson. Des films comme Chantons sous la pluie, Un Américain à Paris, le Chant du Missouri, Un jour à New-York, La Mélodie du bonheur ou Tous en scène sont d’énormes succès commerciaux.
En France, c’est Jacques Demy qui va très vite s’imposer comme le chantre de la comédie musicale. Il devient la coqueluche du public avec Les Parapluies de Cherbourg, un film entièrement musical. Et réussit à nouveau son pari quelques années plus tard avec les Demoiselles de Rochefort où il réunit à l’écran Catherine Deneuve, sa sœur Françoise Dorléac et l’acteur et danseur américain Gene Kelly.
Sensualité égyptienne
Au même moment le film musical explose en Egypte. Il y connaît son heure de gloire entre les années 30 et 60. Le premier du genre qui emballe immédiatement le public est Tahta daw’ al-qamar de Choukra Madi en 1930. Très vite, de nombreux autres réalisateurs lui emboîtent le pas comme Al-Warda al-bayda, Salah Abou Seif, Ahmed Badrakhan, Yousry Nasrallah, Niazi Mostafa, Daoud Abdel Sayed, Radwan El-Kashef, Mohamed Khan ou Youssef Chahine.
Le coup de cœur pour ce nouveau genre cinématographique est immédiat chez le public égyptien mais aussi dans tout le Maghreb et le Moyen Orient, grâce à des œuvres parfois provocantes et souvent sensuelles en diable. Les grands acteurs à voix à qui tout le monde rêve de ressembler s’appellent ici Farid El Atrache, Mohamed Fawzi, Abdelhalim Hafez, Tahia Carioca ou encore Samia Gamal.
La folie Bollywood
En Inde, le genre prend lui aussi son envol dès les années 30 avec Alam Ara d’Ardeshir Irani et restera très en vogue jusqu’à aujourd’hui. La grande majorité de la production Bollywood est en effet faite de films musicaux. Ces longs métrages fleuves enchaînent les morceaux romantiques et les chorégraphies colorées. Mais attention, les acteurs qui impriment la pellicule de leur charme et de leur grâce de danseurs sont rarement ceux qui posent leur voix sur la bande. Ils chantent en général en playback servis par de grands chanteurs comme Lata Mangeshkar, Asha Bhosle ou Mohammed Rafi. Le succès mondial de ces films a pour résultat qu'il n'est pas étonnant de croiser des jeunes gens dans les rues de Marrakech ou de Tripoli chantant à pleine voix et par cœur des chansons entières en dialecte Hindou
En 1961, un film issu de Broadway va être un formidable succès: West Side Story. A l’heure de la révolution sexuelle et de l’émancipation de la jeunesse, le long métrage nous rejoue Romée et Juliette en version rock; de quoi électriser les foules!
Mais les années 60 marquent malgré tout le ralentissement des sorties de films musicaux. Ils continuent malgré tout à avoir la cote dans leur version subversive et engagée, tout particulièrement aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. On n’y parle désormais plus seulement d’amour et de mariage mais on y aborde aussi des problèmes de société et on utilise ce genre ludique comme vecteur de combats politiques. La preuve avec Phantom of the Paradise en 1974, The Rocky horror picture show en 1975, Hair en 1979 et the Wall en 1982.
Dans les années 80, le succès des films à chansons marque le pas. Seuls quelques films générationnels et consacrés à une musique réussissent encore à remplir les salles. C’est ainsi le cas des Blues Brothers pour le rythm and blues, La Fièvre du samedi soir pour la disco et Grease pour le rock& roll.
Ce rêve blues
Le salut va venir dans les années 90 des dessins animés. Alors que la cote de ce genre explose chez les petits mais aussi les plus grands, la musique s’impose comme un passage obligé avec aux manettes de grands musiciens. Alan Menken, le grand spécialiste de la composition pour comédie musicale fait chanter à l’unisson les spectateurs de La Petite Sirène, Aladdin, La Belle et la bête, le Bossu de Notre-Dame, Hercule et Pocahontas. Elton John donne sa voix au Roi Lion et Phil Collins à une nouvelle version animée de Tarzan.
Woody Allen va remettre la comédie musicale avec des personnages en chair et en os au goût du jour avec Tout le monde dit I love you en 1997. Mais c’est en 2001 que le public renoue vraiment totalement avec le style. Le film du renouveau est australien et s’appelle Moulin Rouge. Il met en scène Nicole Kidman et Ewan McGregor dans une grande histoire d’amour contrariée. Le succès est immense et le long métrage décroche deux oscars en 2002 et trois Golden Globes dont ceux du meilleur film musical et de la meilleure actrice dans un film musical. Surfant sur ce succès, Rob Marshall débarque sur grand écran avec Chicago, et c'est un pari réussi pour lui aussi. Dans la foulée, d’autres réalisateurs américains tentent leur chance avec tout autant de succès: Kenny Ortega avec High school musical, Adam Shankman avec le délirant Hairspray, Phyllida Lloyd avec Mamma Mia et à nouveau Rob Marshall en 2009 avec Nine.
En France aussi, le genre retrouve ses lettres de noblesses. Les grandes retrouvailles avec le public se font en hexagone en 1997 avec On connaît la chanson d’Alain Resnais. Sabine Azéma et Pierre Arditi sont hilarants dans leur rôle de couple rongé par la routine. Les prestations en play-back de Jean-Pierre Bacri, Lambert Wilson, Agnès Jaoui et André Dussolier sont tout aussi jouissives. Le coup de foudre avec les spectateurs est immédiat et va en inspirer plus d’un. A commencer par Olivier Ducastel et Jacques Martineau qui se lancent en 1980 sur Jeanne et le garçon formidable. Suivis de François Ozon en 2001 avec Huit femmes, Claude Duty en 2002 avec Filles perdues cheveux gras ou encore Christophe Honoré en 2007 avec Les chansons d’amour.
En Inde, le film musical n’a jamais faibli auprès de son public mais réussit depuis dix ans à s’imposer auprès d’un public international. Les chorégraphies acidulées, la beauté des acteurs et des actrices et l’originalité des chansons (à défaut des scénarios puisqu’ils parlent tous d’amour) donne au genre Bollywood ses lettres de noblesses. En 2002, Devdas de Sanjay Leela Bhansali réconcilie tout le monde. Et Hollywood s’intéresse à son tour au genre produisant en 2004 Coup de foudre à Bollywood de Gurinder Dhadha avec la sublissime Aishwarya Rai. Le succès est encore au rendez-vous. Et rien ne semble pouvoir l’arrêter. Le film musical a apparemment encore de beaux jours devant lui.