« Bollywood ne se vit pas dans une compétition avec Hollywood »

Publié le par Le Blog de Bollywood

Présent à Avignon, Amit Khanna, le président du groupe indien Reliance Big Entertainment, qui, en 2008, a investi dans DreamWorks, le studio de Steven Spielberg, livre aux « Echos » son regard sur les industries culturelles dans un pays comme l'Inde.

 

« Nouveaux accès, nouveaux usages à l'ère numérique : la culture pour chacun »…c'est le thème cette année du Forum d'Avignon qui tient jusqu'à samedi sa troisième édition. Au menu cette année de ces Rencontres internationales de la culture, de l'économie et des médias présidées par Nicolas Seydoux : des débats, des échanges et des présentations sur des thèmes aussi divers que l'attractivité des territoires ou l'enjeu des nouveaux supports pour l'écrit, la presse et l'édition. Quelque 400 participants venus du monde entier sont attendus à ce Davos de la culture : Philippe Dauman, le PDG de Viacom, Hartmut Ostrowski, président du directoire de Bertelsmann, Jean-Bernard Lévy, celui de Vivendi, David Drummond, vice-président senior de Google, Antoine Gallimard, PDG des Editions Gallimard, ou encore Frédéric Mitterand, le ministre français de la Culture et de la Communication… Amit Khanna, le président du groupe indien Reliance Big Entertainment, qui, en 2008, a investi dans DreamWorks, le studio de Steven Spielberg, livre aux « Echos » son regard sur les industries culturelles dans un pays comme l'Inde.

Quelle est l'importance des industries culturelles dans un pays comme l'Inde ? Est-ce un luxe réservé aux élites ?

Pas du tout. C'est même terriblement négatif de voir les choses de cette façon. La culture est l'essence même d'un pays comme l'Inde où la foi, les traditions sont extrêmement importantes. Elle fait partie de l'existence humaine. La culture n'a rien à voir avec le niveau de vie, le PIB ou le luxe. La musique, le théâtre, la danse sont ancrés dans la vie des Indiens, et ce depuis plusieurs milliers d'années, comme en Chine ou en Afrique. Comparé à nous, les Etats-Unis n'ont d'ailleurs pas de culture, c'est une nation très jeune. Avec la montée en puissance des classes moyennes, le marché intérieur est très prometteur. Toutes nos industries culturelles, qu'il s'agisse du livre, du cinéma ou de la musique, en profitent déjà, et les perspectives sont immenses. Sur le plan démographique, l'Inde est le pays le plus puissant du monde avec une population de 1,2 milliard d'habitants. La jeunesse est une de nos forces. Ici, 70% de la population a moins de 35 ans. Cette année, le taux de croissance du pays va atteindre de 9,9%. Mais nous avons toutefois besoin du soutien du gouvernement pour améliorer l'accès à l'éducation.

La France est très attachée à l'idée d'exception culturelle et protège énormément ses industries cinématographique et audiovisuelle. Est-ce le cas en Inde ? Comment expliquez-vous que Hollywood -ni aucune autre cinématographie étrangère -n'arrive pas à pénétrer vraiment le marche indien ?

Je ne crois pas que l'on puisse protéger sa culture avec des lois ou faire vivre la culture à coups de subventions. Le cinéma indien, lui, ne reçoit aucune subvention publique et se porte très bien. Chez nous, le protectionnisme n'existe pas. Aucune restriction n'empêche la venue de films ou d'autres contenus culturels étrangers sur notre marché. Et pourtant, Hollywood ne représente guère plus de 7-8% de nos entrées en salle, et d'une année sur l'autre, ce chiffre ne varie guère. Tandis que les films indiens captent le reste du box-office national. Les Indiens sont très attachés à leur identité et à leur valeur. D'ailleurs, le marché est segmenté : les films qui sont les plus vus à Mumbai ou à New Delhi -où la population est plus ouverte sur l'extérieur -ne sont pas les mêmes qu'ailleurs. Mais nous sommes connectés avec le reste du monde. L'Inde compte 500 chaînes de télévision et une multitude de langages y sont parlés. Nous sommes naturellement ouverts aux programmes étrangers.

Pensez-vous qu'un jour, la production cinématographique indienne sera regardée dans le monde entier ?

Mais c'est déjà le cas! Nos films s'exportent dans une centaine de pays dans le monde. Ils sont vus au Moyen-Orient, dans le monde arabe, en Afrique, dans les pays de l'Est etc. La Grande-Bretagne représente aussi un marché important pour nos films. Le box-office indien à l'étranger dépend fortement des communautés indiennes, mais pas seulement. N'oubliez pas que chaque année, le cinéma indien est regardé par plus de 4 milliards de personnes dans le monde alors que seulement 3,5 milliards de personnes vont voir les films sortis des studios d'Hollywood. Nous sommes déjà les premiers ! Et de plus en plus notre production cinématographique va s'ouvrir sur le monde.

Bollywood est-il en concurrence avec Hollywood ?

Non pas du tout. Bollywood ne se vit pas dans une compétition avec Hollywood. Nous sommes très contents avec notre marché. Il croît très régulièrement et représente un chiffre d'affaires annuel de l'ordre de 2,5 à 3 milliards de dollars.

En France, le cinéma indien est très identifié aux films de Satyajit Ray qui sont plutôt élitistes. Pensez-vous que le cinéma indien suivra l'exemple de la littérature indienne qui a accédé à un très large public à l'étranger ?

Vous, les Français, vous avez Godard, Truffaut qui réalisent ou ont réalisé des films haut de gamme… Et, à côté de cela, vous réalisez des comédies populaires. Il y a une demande pour tous les genres.

En 2008, Reliance a investi 600 millions de dollars dans DreamWorks, le studio de Steven Spielberg. Qu'attendez-vous de cette opération ?

Cette opération représente avant tout une opportunité économique. Steven Spielberg est le meilleur dans son domaine. C'est une véritable chance de travailler avec quelqu'un comme lui et j'espère que ce partenariat débouchera sur une relation fructueuse. L'idée n'est absolument pas qu'il fasse des films indiens pour Bollywood ou que nous fassions des films pour Hollywood. Nous sommes sur des marchés différents, nous avons des compétences différentes. Nous ne sommes à la recherche ni de glamour ni de talents. Nous n'allons pas à Hollywood pour fréquenter des stars. Les stars sont à nos côtés tous les jours en Inde. On va en Amérique pour travailler avec des professionnels.

Selon vous, la 3D est-elle le futur de l'industrie du cinéma ?

Je ne crois pas que le futur du cinéma repose sur la 3D. Tous les cinq ou dix ans, une technologie nouvelle apparaît et bouleverse le cinéma. L'industrie a successivement vécu l'arrivée de la couleur, puis du Caméscope. Aujourd'hui, c'est au tour de la 3D de bouleverser la filière. Et c'est vrai que l'an dernier à Hollywood, les films réalisés en 3D ont obtenu de très belles performances au box-office. Nos studios travaillent d'ailleurs à plusieurs projets de longs métrages en 3D. De son côté, Reliance Media Works, qui est une autre branche de Reliance spécialisée dans la restauration de films, a prévu de convertir en 3D de grands classiques du cinéma.

En France, les séries ont progressivement remplacé les films à la télévision. La tendance est-elle la même en Inde ?

L'Inde est un vaste continent, tandis que la France est un petit pays. On ne peut pas les comparer. Aucun format n'a le pas sur un autre sur les chaînes de télévision indiennes. Les films y sont toujours autant diffusés.

Quelle est la place du divertissement au sein du groupe Reliance ?

Reliance est le troisième groupe indien. Il est présent dans l'énergie, les télécommunications, les infrastructures, la finance. Les médias sont sans doute sa plus petite activité. Mais toutes les activités ont autant d'importance pour le groupe et font l'objet d'investissements.

En Europe, des acteurs comme Google ou Apple sont vécus comme une menace par les médias. Est-ce le cas en Inde ?

En Europe, l'arrivée des technologies nouvelles suscite des craintes. Ce n'est pas le cas en Inde. Maintenant si Google, ou un autre, décide d'exploiter nos contenus sans les payer, il va se retrouver confronté à de sérieuses difficultés. Tous les créateurs du monde veulent que leurs contenus soient rémunérés. Pour ma part, je suis convaincu qu'un jour Google reviendra dans le droit chemin. C'est une question de temps.

Le téléchargement illégal représente-t-il en Inde un fléau aussi important qu'en Chine par exemple ?

Le piratage est un problème dans le monde entier. Pas plus en Inde qu'ailleurs. Nous essayons de protéger nos contenus en défendant notre point de vue auprès du gouvernement et avec l'espoir que soit mise en place une régulation, mais ce n'est pas simple. Pour le cinéma indien, le manque à gagner lié au téléchargement illégal atteint sans doute 1 milliard de dollars par an.

En Inde, la presse reste un marché porteur. Voyez-vous néanmoins des menaces à terme sur la monétisation des informations ?

Non. Nous ne nous posons absolument pas cette question. Les journaux indiens se vendent très bien. La presse est un marché en croissance qui conquiert sans cesse des nouveaux lecteurs. Le développement de l'éducation y est bien sur pour beaucoup.

Que venez-vous chercher au Forum d'Avignon qui démarre aujourd'hui ?

J'aime la France, j'y viens régulièrement… Pour moi, le Forum d'Avignon est une plate-forme unique qui permet à des personnalités de tous horizons, du monde de l'économie et de la culture, d'échanger ensemble librement. C'est très utile. Cela permet de mieux comprendre les enjeux qui nous attendent et de débattre de propositions, de projets pour accompagner le développement de la culture et des industries culturelles dans le monde.

PROPOS RECUEILLIS PAR DAVID BARROUX ET NATHALIE SILBERT.

http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/tech-medias/actu/020907122713-amit-khanna-reliance-big-entertainment-bollywood-ne-se-vit-pas-dans-une-competition-avec-hollywood-.htm

 

Reliance Anil Dhirubhai Ambani est le troisième conglomérat indien. Le groupe, qui appartient à Anil Ambani, est présent dans l'énergie, les infrastructures, les télécoms, la finance.
C'est aussi un véritable empire dans le secteur des médias et du divertissement. Reliance Big Entertainment, la branche dirigée par Amit Khanna, opère ainsi un réseau de 45 radios, des chaînes de télévision, un site de jeux vidéo, un réseau social ou un site de location de films. Elle est également active dans l'événementiel.
A côté des tuyaux, le groupe est très présent dans la fabrication des contenus. 
Poids lourd de Bollywood, Reliance Big Entertainment est à la tête de l'un des plus gros studios de production en Inde, Reliance Big Pictures, d'où sortent des films en hindi mais aussi en anglais ou en d'autres langues, distribués dans
le monde entier.
Il exploite également un immense parc de salles de cinéma en Inde et à l'étranger. 
De plus en plus, le groupe affiche d'ailleurs des ambitions internationales. Il y a deux ans, il a investi dans DreamWorks, le studio de Steven Spielberg.
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Publié dans NEWS BOLLYWOOD

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