Bollywood dépassé par Kollywood (Cinéma Tamil)
Sivaji fait fureur : ce film en langue tamoule réussit à remplir des salles même à New Delhi où l’on parle le hindi. Si l’étiquette Bollywood colle au cinéma indien, de nombreux succès locaux ne sortent pas des studios de Mumbai[Ex-Bombay]Le public indien délaisserait-il les grosses productions aux beaux héros gominés pour un cinéma qui lui ressemble plus…
On le voit d’abord comme un gros moustachu, portant costume noir et lunettes de soleil ringardes. Mais il est "le boss". Sivaji, The boss, le dernier film du réalisateur Shankar avec l’acteur Rajinikanth vient détrôner toutes les productions bollywoodiennes depuis sa sortie le 15 juin dernier. C’est un énorme succès au Royaume-Uni, où le film se classe 9ème dès la première semaine de sortie au côté des plus grosses productions américaines. Du jamais vu. Le Times of India compare même le "roi Amitabh Bachchan" à "l’empereur Rajinikanth". L’acteur, 57 ans, est la star du cinéma tamoul, produit dans les studios de Chennai, Tamil Nadu .
Sivaji est loin d’être un chef d’œuvre au sens de la critique, l’intrigue est minimale : un homme revient des Etats-Unis et se lance dans l’action sociale à Chennai. Mais la présence de Rajinikanth suffit pour remplir les salles. Et pour son 170ème film, l’acteur ne fait pas les choses à moitié : Sivaji est aujourd’hui le film le plus cher du cinéma indien (12 millions d’euros).
Depuis la sortie de Sivaji, la question de la place du cinéma "régional" par opposition au cinéma de Mumbai est posée dans toute la presse nationale. Le succès du film vient rappeler que la majorité des fictions indiennes ne sort pas des studios de Mumbai, dits "Bollywood". En 2003 par exemple, l’industrie cinématographique indienne a produit 877 films dont la majorité dans les langues du sud : 155 en télougou, la langue de l’État d’Andhra Pradesh ; 151 en tamoul, la langue du Tamil Nadu ; 109 en kannada, qui se parle dans le Karnataka, 64 en malayalam, la langue officielle du Kerala. Les films en hindi, parlé principalement au nord, ne sont qu’au nombre de 246. Mais ils font souvent les plus gros succès commerciaux, popularisant l’expression "Bollywood" (contraction de Bombay et Hollywood).
Rajinikanth, star incontestée du cinéma tamoul, au sud de l'Inde
Le cinéma indien est bel et bien né à Mumbai (qui s’appelait alors Bombay) en 1896 avec la première projection des frères Lumières. Mais il s’est rapidement diversifié, utilisant au moins 30 langues vernaculaires -dont l’anglais - afin de se diffuser parmi les 1,2 milliards de fans des 25 Etats et 7 territoires de l’Inde. Les films circulent dans les grandes villes du pays, mais ne sont pas forcément traduits.
Sivaji est ainsi projeté en langue tamoule à New Delhi où l’on parle le hindi… Et les salles sont combles. La plupart des analyses avance que les films "régionaux" comme Sivaji apportent encore "un cinéma populaire et facile tandis que les films de Bollywood sont aujourd’hui destinés au public de NRI (Indiens vivant à l’étranger) plutôt qu’aux masses indiennes", dixit le réalisateur Eswar Reddy dans le Times of India du 2 juillet. Les grosses productions bollywoodiennes sont en effet diffusées dans plus de 160 pays, où elles visent un public de NRI représentant près de 20 millions de personnes qui peuvent enrichir les sociétés de production indiennes avec des devises étrangères.
source : politicus.blog.20minutes.fr